La répétition espacée sur papier : la boîte de Leitner pas à pas
Cinq boîtes, des fiches et un calendrier de seize jours : la méthode Leitner avec du carton, combien de cartes ajouter et quelles erreurs éviter.
Une boîte à chaussures, des ciseaux, un paquet de bristol. En 1972, le journaliste scientifique Sebastian Leitner publie So lernt man lernen (« Voici comment on apprend à apprendre »). Il y décrit un système qui tient sur une étagère : des fiches qui avancent de compartiment en compartiment selon que vous les connaissez ou non. Plus de cinquante ans plus tard, les logiciels de répétition espacée reposent sur la même idée. On peut donc très bien s'en passer.
Cet article vous propose un calendrier sur papier, prêt à l'emploi, et les quelques règles qui le font fonctionner.
Pourquoi espacer, en deux mots
Nous avons déjà raconté ce qu'Ebbinghaus a mesuré, et ce qu'il n'a pas mesuré, dans notre article sur la courbe de l'oubli. Retenons seulement ceci : une information révisée juste avant d'être oubliée tient ensuite plus longtemps. Chaque révision réussie permet donc d'attendre davantage avant la suivante.
L'effet d'espacement est l'un des résultats les plus solides de la psychologie de la mémoire. La méta-analyse de Nicholas Cepeda et ses collègues (Psychological Bulletin, 2006) a rassemblé plusieurs centaines d'expériences sur l'apprentissage verbal. Le constat est net : à temps d'étude égal, des séances réparties battent une séance massée. Dans leur revue de 2013 (Psychological Science in the Public Interest), John Dunlosky et ses coauteurs ne classent que deux techniques au niveau d'utilité « élevé ». Ce sont la pratique distribuée et l'auto-interrogation. Le système de Leitner combine précisément les deux.
Ce que la recherche ne dit pas : qu'il existe un intervalle optimal universel. L'écart idéal dépend du temps pendant lequel vous voulez retenir, de la matière et de vous-même. Le calendrier ci-dessous est un compromis pratique, pas une loi.
Le matériel
- Des fiches, idéalement de petit format (A7 ou bristol coupé en quatre).
- Cinq boîtes ou cinq compartiments numérotés de 1 à 5. Une boîte à chaussures avec des séparateurs en carton suffit.
- Une sixième boîte « archives » pour les cartes acquises.
- Une feuille où vous recopiez le calendrier, à coller à l'intérieur du couvercle.
Étape 1 : rédiger de bonnes cartes
Une carte, c'est une question au recto et une réponse courte au verso. Une seule information par carte. Évitez par exemple « les causes de la Révolution française ». Préférez « En quelle année les États généraux s'ouvrent-ils à Versailles ? » au recto, et « 1789 » au verso.
Pour une langue, mettez le mot en contexte : une phrase courte au recto avec un blanc à compléter vaut mieux qu'un mot isolé. Rédigez la carte vous-même, à la main. Cela vous oblige à trier ce qui mérite d'être retenu.
Étape 2 : les règles de déplacement
Toutes les nouvelles cartes entrent dans la boîte 1. Ensuite, pour chaque carte révisée :
- vous trouvez la réponse : la carte monte d'une boîte (de 1 à 2, de 2 à 3, etc.) ;
- vous vous trompez ou hésitez longtemps : la carte redescend en boîte 1.
C'est la règle d'origine de Leitner, sévère mais efficace. Une variante plus douce fait seulement reculer la carte d'une boîte. Essayez la version stricte d'abord, puis assouplissez si la boîte 1 déborde. Une carte réussie en boîte 5 part aux archives. Relisez les archives de temps en temps, par exemple une fois par mois.
Étape 3 : le calendrier de seize jours
Leitner faisait avancer ses cartes selon le remplissage des compartiments. La version la plus répandue aujourd'hui associe plutôt chaque boîte à une fréquence fixe, qui double à chaque niveau : tous les jours, tous les 2 jours, tous les 4, tous les 8, tous les 16. Voici une manière de répartir ces fréquences pour que la charge reste à peu près égale d'un jour à l'autre :
| Jour | Boîtes à réviser |
|---|---|
| 1 | 1, 2 |
| 2 | 1, 3 |
| 3 | 1, 2 |
| 4 | 1, 4 |
| 5 | 1, 2 |
| 6 | 1, 3 |
| 7 | 1, 2 |
| 8 | 1, 5 |
| 9 | 1, 2 |
| 10 | 1, 3 |
| 11 | 1, 2 |
| 12 | 1, 4 |
| 13 | 1, 2 |
| 14 | 1, 3 |
| 15 | 1, 2 |
| 16 | 1 |
Le jour 17, on recommence au jour 1. Marquez d'une croix la case du jour terminé. Si vous manquez une journée, reprenez simplement à la case suivante, sans essayer de rattraper deux jours d'un coup. Révisez toujours la boîte au numéro le plus élevé en premier : ce sont les cartes que vous risquez le plus de perdre si vous êtes interrompu.
Il y a une subtilité. Une carte qui vient de monter en boîte 3 le jour 1 sera revue dès le jour 2. Elle ne profitera donc pas tout de suite de son intervalle complet. Ce n'est pas grave : sur plusieurs cycles, les intervalles s'allongent bel et bien, et la simplicité du calendrier vaut cette petite imprécision.
Combien de cartes par jour ?
Aucune étude ne fixe de chiffre universel. Voici donc un repère pratique, pas un résultat de recherche. Commencez par dix nouvelles cartes par jour, et n'en ajoutez qu'après avoir fait les révisions du jour.
Gardez en tête que le volume de révisions croît pendant les premières semaines. Chaque carte ajoutée aujourd'hui reviendra plusieurs fois. Au bout d'un mois, vous révisez donc nettement plus de cartes que vous n'en créez. Si une séance dépasse régulièrement vingt à trente minutes, ou si la boîte 1 ne cesse de grossir, faites une pause dans les ajouts pendant quelques jours. La régularité compte plus que la quantité. Mieux vaut un rythme modeste tenu trois mois qu'un rythme ambitieux abandonné au bout de dix jours.
Les erreurs les plus fréquentes
Retourner la carte trop vite. Tout l'intérêt de l'exercice est l'effort de rappel. Formulez la réponse, à voix haute ou par écrit, avant de regarder le verso. Sinon vous faites de la relecture, qui donne une impression de maîtrise bien plus qu'une maîtrise réelle.
Être indulgent avec soi-même. « Je le savais presque » signifie boîte 1. Le système ne marche que si le tri est honnête.
Des cartes trop chargées. Si une carte retombe sans cesse en boîte 1, ce n'est généralement pas votre mémoire qui est en cause, mais la carte. Découpez-la en deux ou trois questions plus simples.
Apprendre sur la boîte ce qu'on n'a pas compris. Les fiches servent à retenir, pas à comprendre. Une formule de chimie mémorisée sans être comprise reste fragile. Faites d'abord le travail de compréhension avec le cours ou le manuel, puis fabriquez les cartes.
Mélanger toutes les matières dans une seule boîte. C'est possible, mais au-delà de deux sujets, une boîte par matière (ou des fiches de couleurs différentes) facilite le suivi.
La petite expérience de ce soir
Il vous faut vingt minutes. Choisissez un sujet que vous devez de toute façon apprendre : vocabulaire, dates, articles de loi, termes d'anatomie. Rédigez quinze cartes et placez-les en boîte 1. Recopiez le calendrier sur une feuille, puis écrivez la date d'aujourd'hui à côté du jour 1. Faites une première passe immédiatement, en appliquant les règles de déplacement.
Ensuite, tenez le calendrier pendant deux semaines, en ajoutant dix cartes par jour au maximum. Le jour 16, prenez dix cartes au hasard dans les boîtes 3 à 5 et testez-vous à froid. C'est le moment de juger, sur votre propre matière, si la boîte à chaussures mérite sa place sur votre bureau.